Retour sur deux crises économiques majeures

Oct 1, 2020 | #Consult&moi n°2, #Économie

Le capitalisme est fondamentalement cyclique, ce qui signifie qu’il est ponctué de crises. Ces fluctuations économiques ont, depuis plusieurs siècles, attiré l’attention des économistes qui distinguent plusieurs types de cycles. Nicolas Bouzou, Economiste et Essayiste revient sur ces crises. 

Il existe des cycles de courte période : les phases d’expansion durent quelques années, suivies de ralentissement voire de récession de quelques années également. Il existe aussi des cycles de longue période (parfois 30, 40 voire 50 ans !), dits cycles Kondratiev, du nom du statisticien soviétique qui les avait identifiés en 1925. Cette découverte lui valut d’ailleurs le goulag car le parti communiste n’appréciait pas l’idée selon laquelle l’économie capitaliste était cyclique : selon le dogme, elle devait s’effondrer, point final. Mais le dépit du Parti n’eut pas de prise sur la réalité : Kondratiev avait raison. Quelques années après Kondratiev, Schumpeter remarquera que le début de chaque cycle correspond à la diffusion d’une innovation majeure : la machine à vapeur, les grands moyens de transport, l’électricité puis l’automobile…L’innovation joue un rôle central dans la dynamique capitaliste.

Les phases de hausse des cycles Kondrati

Les phases de hausse des cycles Kondrati sont caractérisées par une accélération de la croissance d’abord, des prix ensuite, et de l’endettement enfin. A l’inverse, les phases de baisses sont marquées par un ralentissement de la croissance voire, épisodiquement, un recul de la production, une inflation faible voire négative, une montée du chômage, des pressions protectionnistes et un désendettement généralisé (où, ce qui revient au même, une remontée de l’épargne au détriment de la consommation).

La crise de 1873 fut ainsi caractérisée par des faillites de banques et de compagnies de chemin de fer et par une chute des prix agricoles. La crise des années 1930 reste symbolisée par le jeudi noir d’octobre 1929, par les faillites bancaires et l’explosion du chômage.

La crise de 2008 s’était matérialisée par l’éclatement de la bulle des subprimes, aux Etats-Unis, à partir de l’été 2007. Cet épisode correspond à ce moment du cycle où l’endettement des ménages et des entreprises est devenu excessif, et doit être résorbé. La consommation, comme l’investissement doivent baisser, et l’épargne doit être reconstituée. C’est un moment de rigueur et de sobriété forcées, mal vécu, mais qui prépare la reprise. Cette crise de 2008 présentait évidemment des caractéristiques qui lui étaient propres comme le rôle joué par la titrisation sur la dégradation de la qualité des bilans bancaires, mais ses mécanismes étaient assez classiques, comparables à deux des années 1930 ou 1875. Les responsables de la politique économique ont d’ailleurs pu à l’époque s’appuyer sur des travaux universitaires très connus, pointant du doigt le manque de réactivité des banques centrales et des Gouvernements après 1929 pour, cette fois ci, réagir promptement et fortement.

La crise de 2020

La crise de 2020 est d’une nature évidemment complètement différente puisqu’elle n’est pas endogène au capitalisme. C’est un virus venu d’un marché chinois et de pratiques alimentaires ancestrales qui a réussi à entraîner une récession incroyablement forte et brutal. Le capitalisme n’a pas, cette fois-ci, secrété son propre mouvement cyclique. 

Son fonctionnement a été interrompu par un choc extérieur et par la volonté de faire passer les impératifs sanitaires avant les impératifs économiques de court terme. Encore aujourd’hui, les secteurs les plus affectés comme le tourisme le sont en raison des restrictions imposées aux voyageurs. Pour limiter les conséquences économiques et sociales de cette crise sanitaire (et du confinement), les pouvoirs publics ont très fortement réagit, partout dans le monde. Les Etats ont protégé l’offre (en France par les PGE et l’activité partielle) et soutenu la demande. Les banques centrales ont massivement acquis les obligations émises par l’Etat afin de les solvabiliser et d’éviter qu’une crise financière ne vienne s’ajouter à la crise économique. L’endettement des agents économiques privés et des pouvoirs publics a explosé partout. Mais le contexte de taux d’intérêt nuls voire négatifs et d’activisme monétaire a permis de déplacer les enjeux d’endettement vers des enjeux monétaires. Ce déplacement n’est ni magique ni neutre. 

Cette politique budgétaire et monétaire hyperactive était parfaitement indiquée et elle a permis d’éviter un cataclysme à côté duquel l’actuelle situation semblerait bien plaisante. Mais elle n’est pas sans coût, et c’est sur ce point précis qu’il existe un point commun entre 2008 et 2020. Dans les deux cas l’endettement public et la politique monétaire ont été mobilisés. Pour fixer les idées, l’actif de la BCE mesurait un peu moins de 1500 milliards d’euros au départ de la crise de 2008. 4 ans plus tard, sa taille avait doublé. Il est aujourd’hui proche de 6000 milliards, essentiellement en raison des achats de dette souveraine. Le fait qu’une partie importante des dettes publiques de la zone euro soit acquise par la Banque Centrale Européenne (environ 20% des dettes souveraines à ce jour sont à l’actif de la BCE) fait monter les prix des actifs financiers et immobiliers. L’inflation ne se lit pas dans les prix à la consommation mais sur les marchés financiers, sur l’or et l’immobilier. Les prix des logements, par exemple restent élevés, ce qui est défavorable aux jeunes primo-accédants. Les actions d’entreprises sont aussi souvent surévaluées. En outre, cette politique monétaire, qui plus est dans un contexte de taux d’intérêt négatifs, permet aux entreprises « zombies » de survivre, grâce à l’abondance des financements. Ce soutien aux entreprises zombies évite des faillites mais il affaiblit la productivité du pays et donc la croissance économique à long terme.

 

2008 et 2020 sont deux crises fondamentalement différentes auxquelles on a apporté des réponses macroéconomiques qui présentent des traits communs et des implications bien identifiées : explosion des prix d’actifs et affaiblissement de la croissance économique à long terme. Ces maux sont acceptables par rapport aux conséquences de l’inaction. Mais ils doivent être parfaitement compris par ceux qui doivent prendre des décisions économiques et financières.

Un article rédigé par Nicolas Bouzou

Économiste et Essayiste français, Nicolas Bouzou intervient en tant que Conseiller stratégique auprès de Consultim Groupe.

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